Table ronde du 19 février 2009 Partie 1

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Table ronde du 19 février 2009 Partie 1

Message par Admin le Dim 24 Mai - 18:54

Atelier Métier et statut(s) du coloriste de bande dessinée
Réflexions sur un statut

CIBDI/MDA
19 février 2009
14h-17h


Organisé par :
la Maison des auteurs de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image.
Pili Munoz (directrice de la Maison des auteurs)
Sébastien Cornuaud (juriste CIBDI), coordinateur de l’atelier

Objet :
La Cité internationale de la bande dessinée (CIBDI) réunissait le 19 février à la Maison des auteurs un groupe de travail portant sur le métier et le(s) statut(s) du coloriste (bande dessinée, livre jeunesse, etc.). Il avait pour objet d’échanger sur les conditions d’exercice et les conséquences éventuelles de l’absence d’un statut clair pour ce métier.
Il s’agissait de contribuer modestement à faire (re)connaître une activité créatrice qui est un vrai métier trop souvent dévalorisé.


Participants :

Y participaient Madame Marie-Anne Ferry-Fall, directrice juridique de l’ADAGP (Société des auteurs des arts graphiques et plastiques), les coloristes Angélique Césano, Isabelle Merlet et Delphine Rieu (également scénariste) — qui présentait notamment le fruit des réflexions du comité coloriste du groupement BD du SNAC (Syndicat national des auteurs compositeurs) — et Christian Mattiucci, secrétaire de l’adaBD (Association des auteurs de bande dessinée).
Nadine Thomas (coloriste) et Thierry Leprévost (coloriste, dessinateur) invités à participer à l’atelier étaient excusés.


L’une des évolutions marquantes, ces dernières années, du milieu de la bande dessinée, est une professionnalisation de plus en plus accrue de ses acteurs. Les maisons d’édition de bande dessinée se rapprochent inexorablement des pratiques, aussi bien administratives que managériales, de l’édition générale. Les scénaristes et des dessinateurs vivent maintenant leurs pratiques comme un vrai métier.

Dans ce contexte, le travail du coloriste a acquis une visibilité inédite :
- les délais de conception des bandes dessinées et la multiplication des publications ont rendu encore plus indispensable leur existence ;
- les coloristes, ayant une pratique plus régulière, ont développé un véritable savoir-faire professionnel qui leur permet de pouvoir intervenir sur des projets très différents ;
- les éditeurs ont été contraints, même si cela reste encore très aléatoire, de réfléchir à des formes de rémunération qui puissent convenir aux différents projets sur lesquels interviennent les coloristes, et incluent parfois des pourcentages sur les ventes, voire même la qualification d’auteur dans le contrat ;
- des prix de la meilleure couleur font leur apparition dans des festivals, et il n’est pas rare que les lecteurs ou les critiques BD félicitent des coloristes pour les couleurs qu’ils ont réalisées pour tel ou tel album. Les fans apparaissent ravis que le coloriste se joigne à la dédicace de l’album.


Il était donc naturel que les coloristes en arrivent à se poser la question de leur statut dans l’économie générale de la bande dessinée – ainsi notamment de leur place (ou pas) dans la répartition des droits aussi bien au niveau des droits individuels (droits d’auteurs issus de l’édition du livre) que collectifs (droit à la copie privée, droit de photocopie, droit de prêt, etc.)

En partant des premières réflexions du comité coloristes du Groupement BD du Snac et des questionnements soulevés par les demandes d’inscription de coloristes auprès de différentes sociétés d’auteurs (Sofia et ADAGP en particulier), la Maison des auteurs a souhaité organiser un atelier-rencontre entre des coloristes et Madame Ferry-Fall, directrice juridique de l’ADAGP, afin qu’ils partagent leurs expériences et leurs réflexions sur le statut du coloriste. Le groupement BD du Snac avait déjà interpellé la Sofia sur ces questions par ailleurs.

L’ADAGP et les coloristes

Répondant aux interrogations d’Isabelle Merlet à ce sujet, Madame Ferry-Fall rappelle ce qu’est l’ADAGP et explique son rôle dans la perception et la répartition de certains droits d’auteur.

L’auteur bénéficie de deux types de droits : les « droits exclusifs » et les « droits collectifs ».

Les « droits exclusifs » sont les droits dont l’auteur peut disposer librement ou dont il peut en confier la gestion à son éditeur (c’est ainsi que certains éditeurs ont tenté d’intégrer ces droits dans les contrats d’édition en étendant progressivement l’étendue de la cession objet du contrat à ces droits…) ou à une SPRD (Société de perception et de répartition de droits d’auteur) comme l’ADAGP (ou la Sofia ou la SAIF ou la SCAM).

Les « droits collectifs » sont les droits dont la gestion a été confiée par le législateur aux SPRDs. À ce titre l’ADAGP gère différents droits collectifs :

– le premier de ces droits à avoir été créé est le droit de copie privée audiovisuelle (en 1985)
– puis est venu le droit de reprographie ou photocopie (en 1995)
– ensuite, le droit de retransmission intégrale et simultanée par câble (en 1997)
– puis l’extension de la copie privée aux supports numériques (en 2001)
– suivi du droit de prêt (en 2003)
– enfin, l’exception pédagogique ou usages pédagogiques (d’abord via des accords avec les ministères, puis avec la loi DADVSI de 2006)

Suite à une question d’Isabelle, Madame Ferry-Fall rappelle que les droits perçus sont ensuite reversés aux auteurs en tenant compte de divers critères :
– sondages Médiamétrie (14 % des images copiées sont de la bande dessinée) ;
– nombre d’albums publiés ;
– etc.

L’ADAGP représente aujourd’hui les intérêts d’environ 8000 auteurs en France et 80000 de par le monde via des accords avec des sociétés-sœurs.

Comme d’autres sociétés d’auteurs, l’ADAGP reçoit régulièrement des demandes d’inscription de la part de coloristes. Elle se pose donc la question de savoir si elle peut accepter les demandes d’adhésion des coloristes en tant qu’auteurs, et dans quelle mesure elle peut leur faire bénéficier des rémunérations complémentaires gérées par la société, dont notamment les droits collectifs.

Coloriste, incontestablement un vrai métier !

Partant des constatations du comité coloriste du Snac-GABD, une discussion s’engage sur la fonction de coloriste et les conditions de travail concrètes de ces professionnels.

L’entrée dans le métier : un choix…

Rappel historique :
Le comité coloriste du GABD rappelle dans son dossier qu’originellement « le coloriste dans la bande dessinée était un simple exécutant sous les ordres du dessinateur. Le dessinateur déléguait la couleur uniquement pour gagner du temps, et non parce que le coloriste choisi pouvait lui apporter quelque chose de spécifique. On ne demandait pas au coloriste d’avoir une personnalité artistique décelable, mais de mettre en œuvre une capacité technique. Le coloriste était donc un simple technicien de la couleur. Il travaillait souvent en studio, de façon anonyme, ou bien c’était fréquemment l’épouse ou la compagne du dessinateur, formée par lui, travaillant sous son regard et ne possédant pas d’existence juridique ou de rétribution séparée du travail du dessinateur. »

On pourrait ajouter, en nuançant, que certes, certains coloristes ont commencé par hasard, pour trouver un travail « alimentaire » rapportant un peu d’argent rapidement, mais que beaucoup, par la suite, sont restés coloristes par choix.
Aujourd’hui, travailler comme coloriste est incontestablement une orientation artistique choisie. On ne devient pas coloriste par hasard. On entre volontairement dans ce métier parce que le travail sur la couleur (véritable enrichissement de l’œuvre) et les questions liées aux choix des harmonies colorées pour chaque projet constituent une activité créative particulièrement intéressante.


… suite à une formation.
Il n’existe pas de formation spécifique de coloriste. Alors, comment apprend-on le métier ? Aujourd’hui, la plupart des coloristes sont issus, autant que les dessinateurs, des écoles d’art (beaux-arts, arts appliqués, architecture, écoles de cinéma d’animation, etc.). C’est en suivant un cursus artistique complet qu’ils trouvent dans la mise en couleur une manière de s’exprimer artistiquement.

… et à l’acquisition de compétences techniques indispensables.
Il faut particulièrement bien connaître les processus d’impression, afin que les fichiers finaux (que les planches colorées soient faites directement sur ordinateur ou scannées à partir d’une mise en couleur papier) soient parfaitement compatibles avec les formats d’impression.

Le coloriste est un artiste…

… au savoir-faire recherché.

Faire des couleurs prend du temps. Il faut pouvoir analyser le projet, aussi bien dans son ensemble qu’au niveau de chaque planche, afin de choisir les meilleures ambiances couleurs. De plus en plus de coloristes développent un savoir-faire qui les rend particulièrement recherchés pour ce qu’ils peuvent apporter à la valorisation d’un projet éditorial. Quand ce ne sont pas le dessinateur et le scénariste qui demandent à travailler spécifiquement avec tel ou tel coloriste, c’est l’éditeur lui-même qui propose untel ou untel en raison de… son style, des ambiances colorées qu’il crée, etc.

… avec des compétences artistiques indispensables.
Il est incontestable que la « mise en couleur » demande une bonne connaissance du dessin. Cette dernière est en effet indispensable afin de savoir comment mettre en valeur les volumes, les différents plans, dessiner les ombres, les nuages, la mer, les herbes, etc.
Elle demande aussi une bonne compréhension des enjeux dramatiques mis en place par le scénariste et le dessinateur (par exemple dans le choix des ambiances).

… qui contribue à l’effet narratif.

Il est évoqué le fait que, souvent, le travail du coloriste participe de l’ambiance générale de la bande dessinée, et qu’il peut même dans certains cas avoir un effet narratif. La couleur apporte lumière, matière, profondeur, lisibilité, et permet d’appuyer la narration, de faire sens, elle participe pleinement au ressenti de l’histoire.
De plus, si la mise en couleur peut difficilement rattraper un mauvais dessin, elle peut, par contre, le desservir, le détériorer, voire le « flinguer ».

… mais est-il un auteur ?

Ce métier est très valorisant, puisqu’il permet de participer pleinement à un projet artistique. Pourtant, les coloristes ont souvent du mal à valoriser leur savoir-faire, et ne vivent pas toujours bien l’inexistence d’un statut clairement défini s’appliquant à leur profession :

– la rémunération de leur travail fluctue énormément en fonction des éditeurs et de leur volonté plus ou moins forte de payer le moins possible (voir tableau Dossier GABD) ;

En pratique.
Actuellement, lorsqu’un pourcentage est accordé au coloriste, d’après les exemples étudiés par le GABD, celui-ci se situe entre 0,5 % et 3 %, plus généralement 1 % du PBHT (prix de vente public hors taxes). Mais la majorité des coloristes sont toujours au forfait.
Madame Ferry-Fall souligne que, en cas de cumul d’un forfait et d’un pourcentage, il faut faire très attention à l’équilibre entre le pourcentage attribué et le forfait.

– leurs rapports de travail avec les autres auteurs sont parfois problématiques : ces derniers veulent quelquefois leur imposer des choix que les coloristes savent ne pas être les bons, sans qu’ils puissent pour autant s’adosser à une légitimité sociale ou légale pour imposer leur point de vue.

Se posant la question de leur statut, ils se sont naturellement tournés vers le statut d’auteur. Les coloristes ayant très souvent la même formation que les dessinateurs (ils sont aussi passés par des écoles d’art : beaux-arts, arts appliqués, architecture, écoles de cinéma d’animation, etc.), ils sont quelquefois, par ailleurs, également dessinateurs et/ou scénaristes, donc auteurs.
Leur rémunération a même pu parfois être constituée par une partie de l’avance sur droits du dessinateur.

Remarque sur le terme « rétrocession ».
À l’évocation du fait que la rémunération du coloriste pouvait être « ponctionnée » sur la part du dessinateur et éventuellement sur celle du scénariste, s’est posée la question de savoir si cette rémunération constituait ou non une rétrocession de droits d’auteurs, comme cela est parfois mentionné dans les contrats d’édition.
Il semble que le terme de « rétrocession » utilisé par certaines maisons d’éditions soit abusif dans ce cas, ou pour le moins inapproprié. Il suppose en effet que la part de droits revenant au coloriste devrait alors lui être versée par le dessinateur (et éventuellement par le scénariste), et non directement par l’éditeur. Or, dans les faits, on sait bien que le paiement des droits du coloriste ne se fait pas de cette manière : c’est bien l’éditeur qui paie le coloriste sur présentation d’une note de cession de droits établie par ce dernier.

Dans la plupart des cas, on pourrait comparer l’état actuel du statut social du coloriste à celui des travailleurs indépendants, payés au forfait, en honoraires, ce qui devrait leur donner obligation d’avoir non seulement un numéro Siret mais de payer leurs charges à l’Urssaf. Comme les dessinateurs et les graphistes, ils peuvent faire valoir une dérogation au droit public, qui leur permet de valoriser leur rémunération sous la forme de droits d’auteur (forfaitaires ou non) et ainsi de ne pas payer les retenues sociales à l’Urssaf, mais bien à l’Agessa ou, plutôt, à la Maison des Artistes.

Suite dans la partie 2...


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